La garde des Sceaux visite la prison de Val-de-Reuil

Justice. Le centre de détention de Val-de-Reuil a reçu Nicole Belloubet, hier. Les syndicats l’ont alertée sur la problématique des détenus radicalisés et psychologiquement fragiles.

De mémoire de syndicaliste, jamais un garde des Sceaux n’avait encore franchi les murs du centre de détention de Val-de-Reuil, le plus grand d’Europe. Cet « oubli » a été réparé hier, avec la venue de Nicole Belloubet. Après un passage à la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin) la semaine dernière, la ministre de la Justice s’est rendue dans l’établissement eurois, où l’attendaient entre autres l’inspection d’une unité d’hébergement dans un bâtiment dédié aux longues peines, la découverte de l’Esat (Établissement et service d’aide par le travail) et des activités socioculturelles proposées aux détenus… Une visite de courtoisie, sans annonces importantes à la clé.

De quoi agacer les syndicats qui, tout en se réjouissant de la venue d’une ministre, dénonçaient simultanément la mise en scène organisée à cette occasion, à mille lieues selon eux de la réalité. « Ils lui ont montré une unité avec quatre agents pour un prisonnier, tous les mouvements de détenus avaient été bloqués… Bref, une pièce de théâtre, lâche Émilien Kerleau, délégué Ufap-Unsa. La ministre a eu droit à une visite édulcorée : elle-même l’a reconnu devant nous. »

Nicole Belloubet s’est en effet entretenue avec les représentants syndicaux en conclusion de sa visite, avec lesquels ont été abordés les sujets plus sensibles. « Nous accueillons des profils psychologiques très lourds, auxquels s’ajoutent de plus en plus d’individus radicalisés », résume notamment le responsable FO, Oualid Nahal qui, a défaut d’avoir obtenu des engagements précis, a trouvé la ministre « à l’écoute » hier.

15 % de détenus radicalisés

La garde des Sceaux a tenu pour sa part à saluer « le travail de construction avec les services d’insertion et de probation », ainsi que « la mise en place dans cet établissement, pour les détenus qui ont des difficultés psychologiques, d’une unité de travail adaptée qui contribue à les resocialiser et à éviter des ruptures trop fortes ».

Concernant les détenus radicalisés, les syndicats s’inquiètent de l’effet de contagion lorsque ces derniers évoluent au milieu des autres prisonniers. Leur proportion est par ailleurs estimée autour de 15 % des 760 détenus actuellement enfermés, toujours selon les représentants du personnel. Pas question pour autant de procéder à l’isolement systématique dans des bâtiments dédiés, balaie Nicole Belloubet : « Pour les détenus les moins dangereux, il me semble que l’enjeu est aussi d’essayer d’avoir une réinsertion. D’où l’importance des quartiers d’évaluation de la radicalisation [le ministère a annoncé la création de six quartiers de ce type en octobre 2016, N.D.L.R.], où il y a une prise en charge particulière pendant quatre mois ».

Reste le problème de la violence engendrée par ces profils compliqués, à l’origine de l’essentiel des agressions régulièrement dénoncées à Val-de-Reuil. « Nous en sommes à une vingtaine depuis le mois de janvier », assure Émilien Kerleau. Lui et Oualid Nahal réclament en particulier un renforcement des moyens d’action des surveillants – notamment la fouille systématique aux parloirs -, ainsi que des renforts d’effectifs. Selon l’Ufap, il manque actuellement 28 surveillants et sept premiers surveillants à Val-de-Reuil.

Thomas DUBOIS

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