Des détenus des Yvelines montent une pièce de théâtre avec le château de Versailles

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Emprisonnés à la centrale de Poissy, la maison d’arrêt de Versailles ou celle de Bois-d’Arcy, ces hommes et femmes ont écrit les textes, et ont conçu les décors et les costumes.

Puisqu’ils ne peuvent pas aller au château de Versailles, le château de Versailles vient à eux. Le coup d’envoi officiel d’un projet théâtral impliquant des détenus des trois établissements pénitentiaires des Yvelines et l’antre du Roi-Soleil a été donné à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy. Dans l’amphithéâtre carcéral, huit détenus ont présenté une petite pièce, fruit de sept séances d’écritures. Après une unique répétition la veille, ils ont joué quelques scènes inspirées de leurs textes. La toute première étape de la création d’une pièce de théâtre dans sa totalité : écriture des textes, mais aussi conception des décors et des costumes.
La centrale de Poissy, la maison d’arrêt des femmes, à Versailles, et celle des hommes, à Bois-d’Arcy (Maba), «travailleront sur ces ateliers spécifiques accompagnés par un metteur en scène, des intervenants du château de Versailles et des artisans», détaille la direction de l’administration pénitentiaire. Les détenus ont commencé à travailler il y a sept semaines, «sur le thème général de la fête et du divertissement au château, ce qui les a amenés à écrire des textes sur la solitude du roi par exemple, et d’autres plus personnels», souligne la coordinatrice culturelle de la Maba. «Ils ont ensuite lu les textes des femmes de la maison d’arrêt de Versailles et se sont attachés à poursuivre l’histoire».

 

«Ici ou même à l’extérieur, c’est une première pour nous»

«On a débroussaillé, approfondi les thèmes, écrit des scènes, improvisé», énumère Johann Abiola, comédien de l’Art Eclair qui anime l’atelier. À l’occasion de la présentation officielle du projet, ils ont «eu l’envie de présenter un petit scénario». Celui d’un roi, tiraillé entre l’intérêt de son pays et celui de sa fille Marianne, au moment d’accepter de donner sa main. «Par groupe, ils ont cherché dans leurs textes ceux qui pourraient être utilisés, et écrit les scènes manquantes», poursuit le comédien. Ils n’ont eu droit qu’à une seule répétition, ce qui n’a pas empêché les huit détenus de jouer leur petite pièce avec humour et emphase.

Ils ont joué leur première pièce après une unique répétition. LP/AF.

«Ici ou même à l’extérieur, c’est une première pour nous», se réjouissent Ronan, 25 ans, Yazid, 21 ans et Rémi, 26 ans*. «Ça nous permet de voir la vie sous un autre angle, poursuit Yazid. Quand on vient, on est appliqué, par respect pour les personnes qui prennent du temps pour nous.» Rémi a aussi pris goût à l’écriture, «une belle manière de s’exprimer, qui permet de raconter des choses qu’on n’a pas forcément l’habitude de dire». Le jeune détenu «ne le faisait pas jusque-là», mais rédige «maintenant beaucoup de courriers». «J’écris pour moi aussi, ma réflexion et de la fiction». Le trio en est convaincu : ce projet théâtral, «c’est une chance qu’on nous a donnée !» Et le plus beau reste à venir. «À terme, cette pièce donnera lieu à une restitution au sein du domaine du château de Versailles, en fin d’année 2018», indique l’administration pénitentiaire.

 

* Les prénoms ont été changés à la demande de l’administration pénitentiaire.

Quand la prison de Poissy, 1er juin 2005. Les détenus s’étaient transformés en grands enfants, l’espace de quelques heures grâce à une rencontre improbable avec des chevaux. LP/M.G.

L’administration pénitentiaire fait parfois preuve d’imagination pour distraire les détenus. En 2005 et 2006, la prison de Poissy avait ainsi eu une idée originale : faire venir des chevaux dans la cour de la centrale pour les confronter aux détenus. Sur le papier, l’initiative pouvait prêter à sourire.

Mais sur le terrain, elle avait eu un effet surprenant. Les détenus, certains condamnés pour meurtre, viol ou braquage, s’étaient transformés l’espace de quelques heures en grands enfants. On en surprit murmurer à l’oreille des équidés, leur caresser la nuque, les serrer dans leurs bras. « Avec une bête on peut se lâcher, se dévoiler, offrir un peu de gentillesse. Parce qu’ici, être gentil, c’est être faible », expliquait à l’époque un prisonnier condamné à une longue peine, ému par l’humanité apportée par les bêtes.

Source : Le Parisien

 

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