Radicalisation, attentats… La grosse fatigue des surveillants de prison

Deux détenus, un Camerounais et un Français , de la prison de Fresnes (Val-de- Marne ), qui s’apprêtaient à être libérés, ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste criminelle ». Radicalisés, ils sont soupçonnés d’avoir fomenté un attentat depuis leur cellule . Pour les surveillants, c’est l’affaire de trop.

Ils réclament plus de moyens . Une fois de plus. Les surveillants de prison accusent le coup, après la mise en examen de deux détenus radicalisés, qui étaient sur le point de quitter la prison de Fresnes (Val-de-Marne).

Un Camerounais de 28 ans et un Français de 22 ans, décrits comme  « islamistes radicaux »par une source proche de l’ enquête, cherchaient à « monter un groupe de combattants »pour mener des actions « ciblant entre autres des policiers et des surveillants de prison » .

Incarcérés pour des faits de droit commun, et radicalisés en prison, les deux hommes mis en examen pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste criminelle » envisageaient une prise d’otages ou un mitraillage.

Le gouvernement veut répondre à « l’urgence »

« Ce qui serait surprenant dans cette histoire, ce serait d’être surpris » , lâche FrédéricGodet , délégué Ufap-Unsa à Fresnes. Un de ses collègues de FO ne décolère pas, dénonçant le « mépris » du gouvernement quand des agents sont tous les jours en danger.

La garde des Sceaux , Nicole Belloubet, a reconnu mardi au micro d’ Europe 1 « l’urgence » du problème de la radicalisation en prison, rappelant que le gouvernement faisait « un effort considérable sur le renseignement pénitentiaire, avec des créations d’emplois » , un travail qui a justement permis de repérer les deux détenus radicalisés de Fresnes. Insuffisant pour les syndicats de surveillants.

Construire de nouveaux établissements ?

« On a en France 70 000 détenus en flux constant , dont 500 radicalisés et considérés comme dangereux et 2 000 en voie de radicalisation, qui se baladent au milieu de tout le monde » , résume Jean- François Forget, secrétaire général de l’Ufap. Face à cette « épidémie galopante au sein de la détention, il faut mettre ces gens en quarantaine » , estime le syndicaliste, qui plaide pour la construction de « petits établissements ultra-sécurisés, qui permettent d’isoler réellement les détenus et d’ installer une vraie étanchéité avec le restede la population carcérale » .

Fresnes, prison pilote

Ce n’est pas le cas à Fresnes, une des trois prisons de France actuellement dotées d’un quartier d’ évaluation de la radicalisation (QER), où les détenus évalués ne sont pas du toutisolés de ceux arrivés là pour des faits de « droit commun ».

Sur les 2 500 prisonniers de Fresnes, explique Frédéric Godet, « il y a presque 150 détenus radicalisés identifiés. Le QER, c’est 26 places , où ils peuvent rester quatre à sixsemaines . Après, ils doivent en théorie être réorientés vers d’autres structures , mais la vérité, c’est qu’ils partent au compte-gouttes , on en garde beaucoup. Et comme on n’a pas d’unité spécialisée où les garder ensuite, on les remet en détention de droit commun » .

La situation de Fresnes est d’autant plus exemplaire que c’est une prison pilote pour les dispositifs anti-radicalisation en France. On y a expérimenté, depuis 2015, les unités dédiées, les quartiers d’évaluation, l’ isolement … sans trouver la solution miracle.

« Rendre une prison imperméable est illusoire »

Pour Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT Pénitentiaire, la solution n’est« pas dans le regroupement » . À rebours de ses collègues de FO ou de l’Ufap, il estime que« regrouper des gens qui partagent la même idéologie est dangereux et peut renforcer leur capacité d’ organisation » .

« Rendre une prison imperméable est illusoire » , insiste-t-il, rappelant que la création des unités dédiées n’avait pas empêché l’ agression d’un surveillant par un détenu condamné pour terrorisme à Osny (Val-d’Oise) en 2016.

Il se défend de tout angélisme, estimant que « la société est incapable de répondre à cette menace et que la pénitentiaire n’y échappe pas » en dépit de ses efforts : environ 15% des radicalisés l’ont été en prison, selon une estimation de la chancellerie en 2016.

Le renseignement pénitentaire à la peine

Et dans cette lutte, le nerf de la guerre est la question des moyens : essentiellement humains. Les syndicats réclament plus d’effectifs et un effort accru envers le renseignement pénitentiaire, qui reste le « parent pauvre » du renseignement.

À Fresnes, comme dans les autres établissements de la région parisienne qui gèrent l’essentiel des dossiers terroristes, il n’y a qu’un seul officier de renseignement, qui « ne peut pas tout traiter » , et environ un surveillant pour 120 détenus, selon l’Ufap-Unsa.

Et, relèvent avocats et magistrats spécialisés, si les profils des « revenants » de Syrie sont globalement identifiés, le basculement d’un petit délinquant vers le djihadisme reste beaucoup plus difficile à détecter.

Source : Ouest-France

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