Ouverture de quartiers pour détenus radicalisés et violents: le personnel pénitentiaire inquiet

Au premier trimestre 2018, la première maison centrale de la prison de Vendin accueillera un quartier d’évaluation de la radicalisation ainsi qu’un quartier pour détenus violents. Un projet source d’inquiétude pour le personnel.

L’heure est au changement pour la prison haute sécurité de Vendin-le-Vieil. Au premier trimestre 2018, un quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) devrait être installé, à raison de deux fois douze places. Dans la seconde aile du bâtiment, un quartier pour détenus violents (QVD) de douze places devrait également voir le jour.

Du côté de l’UFAP UNSA Justice, ça coince : étanchéité du bâtiment qui laisserait à désirer, manque de moyens humains et matériels… La question de la sécurité est prédominante.

Des moyens humains et matériels insuffisants ?

«  Le personnel a reçu une note annonçant la mise en place de ce QER, explique Grégory Strzemopek, secrétaire local de l’UFAP. Mi-décembre, les détenus de la première maison centrale, soit une petite trentaine de détenus, quitteront les lieux pour rejoindre les deuxième et troisième maisons centrales.  » Première crainte pour le personnel pénitentiaire : une saturation des deux autres maisons, qui hébergeront plus de détenus, avec un nombre de surveillants qui devrait rester inchangé.

Grégory Strzemopek voit dans ce projet une certaine précipitation : «  C’est inquiétant. Nous avons l’impression que tout ça est pris à la légère.  » Le personnel devrait suivre 3 semaines de formation au mois de janvier, mais cela suffira-t-il à assurer la gestion de ce nouveau quartier ? Pour le secrétaire local, l’organisation est «  bâclée  » : «  Nous n’avons pas les moyens humainement.  » Les premiers détenus devraient arriver au QER au mois de février.

La question de l’étanchéité

Se pose également la question de l’étanchéité entre les détenus du QER et ceux du QVD. Wilfried Foncq, responsable national de l’UFAP, partage les craintes de Grégory Strzemopek : que les détenus parviennent à communiquer entre eux et que la radicalisation n’en soit que plus conséquente. «  On sait les conséquences que l’effet de groupe peut avoir. Il faut empêcher les contacts avec l’extérieur, mais également entre eux, autrement, c’est le serpent qui se mord la queue  », témoigne le responsable national.

«  Ce que nous souhaiterions vraiment, ce serait d’avoir une prison isolée, poursuit le secrétaire local. En les mélangeant ainsi, j’ai bien peur que nous soyons en train de créer les attentats de demain.  »

Pour l’heure, les revendications de l’UFAP sont claires : plus de moyens humains et matériels, et plus de considération pour les agents, leur sécurité et leur vie personnelle. Autrement, le conflit social sera la seule issue.

Contactée, la direction inter-régionale n’a, pour le moment, pas voulu donner de suite à nos sollicitations.

Qu’est-ce qu’un QER?

Les quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) sont l’évolution des unités dédiées, mises en place au lendemain des attentats de janvier 2015 par le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls. Ces unités étaient destinées aux détenus liés à des affaires de terrorisme islamiste, avec la volonté de mettre en place un programme de désengagement de la violence pour ces détenus.

En octobre 2016, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas décidait de remplacer ces unités dédiées par des QER, toujours destinés à évaluer le risque de passage à l’acte violent ou de récidive chez des prévenus et des condamnés liés à des affaires de terrorisme.

À l’issue de cette évaluation d’une durée de 4 mois, les détenus sont dirigés vers des centres de détention adaptés. En France, on compte environ 250 places en QER.

Des serrures crochetées en quelques minutes

En octobre 2014, un constat était établi par un huissier à la prison de Vendin : en présence de membres de la direction, un agent était parvenu à ouvrir toutes les portes à l’aide d’un simple fil de fer, et ce en seulement quelques minutes.

Au mois de septembre, dans l’émission L’œil du 20 heures, France 2 révélait que l’administration pénitentiaire avait déclaré que les serrures n’étaient pas crochetables de l’intérieur, et que cela ne représenterait donc pas un risque d’évasion majeur.

Pour le personnel, qui a déjà dû faire face il y a quelques semaines à un mouvement collectif de détenus qui revenaient des ateliers, c’est une source d’inquiétude supplémentaire. «  Si un détenu parvient à ouvrir d’autres portes et qu’un groupe de détenus fait ainsi face aux surveillants, ça risque de très mal se passer  », ajoute le secrétaire local de l’UFAP. Pour rappel, la prison de Vendin-le-Vieil a déjà connu deux prises d’otage (d’un directeur-directeur-adjoint puis d’un surveillant) et un meurtre (d’un détenu par un autre).

Source :La Voix du Nord

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