Prise d’otage, attaque de convoi pénitentiaire… Une journée d’entraînement avec les ERIS

Les équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS), ce sont une quarantaine d’hommes de la pénitentiaire à qui l’on fait appel dans les prisons en cas de situations très tendues. Évasion de Redoine Faïd de la maison d’arrêt de Sequedin en 2013, incendie et évacuation de tous les détenus de la prison de Maubeuge en 2014… Les ERIS sont appelés pour diverses missions. Nous les avons suivis en entraînement dans les coursives de l’ancien centre de détention de Loos, et à la friche de Motte-Cordonnier, à Armentières.

Dans la base ERIS, située à côté de l’ancienne prison de Loos (fermée depuis 2011 et qui doit être reconstruite à l’horizon 2021), David*, adjoint de Patrice, le responsable, manque de s’étrangler en avalant son café. «  Nous ne sommes pas les CRS des prisons, c’est réducteur !  » Les équipes régionales d’intervention et de sécurité, créées en 2003 suite à la spectaculaire évasion d’Antonio Ferrara, figure du grand banditisme, de la prison de Fresnes, souffrent d’un déficit de notoriété.

Plus jeunes que le RAID ou le GIGN, les ERIS interviennent dans l’environnement pénitentiaire  : l’intérieur des prisons ou les transfèrements de « gros profils » vers les palais de justice. Certes, la quarantaine d’hommes des ERIS des Hauts-de-France, sous l’autorité du directeur interrégional Alain Jégo, s’occupe de maintien de l’ordre, comme les CRS, notamment lors de mutineries dans les cours de promenade, mais pas seulement.

« On fait aussi les escortes pénitentiaires pour les détenus dangereux, et depuis peu on est formés à la négociation, en cas de prise d’otage. »

«  Nous avons l’équivalent du GRIMP (groupement de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux, spécialité des pompiers), le franchissement, c’est la spécialité nordiste. Ici, on intervient beaucoup pour des détenus perchés sur un toit, qui revendiquent leur transfèrement dans un autre établissement, par exemple, détaille Patrice. On fait aussi les escortes pénitentiaires pour les détenus dangereux, et depuis peu on est formés à la négociation, en cas de prise d’otage.  »

Les ERIS sont formés par l’armée, le RAID et le GIGN. « Et on va même à l’international, pour enseigner la graduation de la répression dans les prisons à Abu Dhabi, en Tunisie, à Beyrouth, en Amérique du Sud… Le GIGN nous a dit : «Vous aurez gagné vos lettres de noblesse quand, par votre arrivée, la situation se réglera d’elle-même.»  »

Tout est filmé

Les ERIS, heureusement, n’interviennent pas tous les jours sur des situations réelles. Le reste du temps, ils « répètent ». Ce jeudi, ils s’entraînaient en plein air, à l’ancienne brasserie Motte-Cordonnier, très prisée des forces de l’ordre. Dans une rue de la friche, les Ford sombres aux vitres teintées sont alignées. Devant, des hommes en noir, encagoulés comme toutes les forces d’intervention. Derrière leurs casques balistiques, trois lettres qui leur permettent de se reconnaître, entre eux.

«  On porte des gilets pare-balles tout équipés, indique un des ERIS, dont le surnom, cousu sur son grand sac noir d’intervention, est « Nono ». En tout, on porte une trentaine de kilos d’équipement. On a des moyens de communication, des casques anti-bruit… Qui permettent aussi de bien entendre le bruit des oiseaux, on peut aussi le régler en amplificateur. On a un Glock à la ceinture, un fusil d’assaut HK G36, des grenades, des fumigènes, une matraque, un tonfa…  »

Toutes les interventions sont filmées. Les ERIS du Nord ont aussi (à titre expérimental) deux drones pour, comme le font les CRS lors des manifestations, filmer les mouvements de contestation afin d’identifier les meneurs à « extraire ». Les hommes en noir arment leurs fusils de cartouches d’entraînement en caoutchouc, ils sont prêts à « jouer » les différents scénarios.

*Seuls les prénoms sont publiés car les ERIS doivent rester anonymes, pour des raisons de sécurité.

Un surveillant est pris en otage par un détenu armé

On patiente dans le couloir sans éclairage d’un bâtiment abandonné de Motte-Cordonnier. Dans la pièce d’à côté, se trouve un « plastron », c’est-à-dire un membre des ERIS qui joue un détenu, et un autre qui a le rôle du surveillant. Un homme vient vers nous. Il porte un gilet jaune estampillé « Moniteur » : «  Je vous explique le scénario. Un détenu a pris en otage un collègue. Les négociateurs ERIS ont déjà pris attache avec l’établissement pénitentiaire.  » Avant d’intervenir, les ERIS, explique Patrice, le responsable, «  construisent une stratégie, en fonction du profil du détenu, de son passé, de sa situation familiale… Et on consulte un document, que nous avons dans nos archives, sur la topographie de l’établissement, tout ce qu’il y a à savoir.  »

Deux scénarios

Là, le faux détenu (en gilet rouge pour le distinguer des hommes en noir) a pris en otage «  M. Mahieu  », le surveillant pénitentiaire. Premier scénario, tout se passe bien, «  comme dans 90 % des cas  », commente Patrice. «  Monsieur, c’est Cédric le négociateur, comment allez-vous ? Est-ce que vous pouvez me dire pourquoi on en est arrivé là ?  ». Les négociateurs travaillent toujours par deux, le but est de parler au détenu en flux continu, de ne pas rompre le contact. À côté d’eux, des ERIS surarmés, avec des boucliers balistiques. « Geoffrey », le détenu, porte une arme de poing. «  Je veux rentrer chez moi, je ne suis pas de la région !  », crie le plastron, qui est censé être marié et avoir deux enfants. Chaque décision du négociateur doit être validée par les autorités préfectorale et judiciaire, qui entendent tout, dans une cellule de crise. « Geoffrey » finit par se rendre, les mains sur la tête.

Deuxième scénario : le faux détenu tire un coup de feu. «  Dans certains profils, type terroriste islamiste, on ne peut pas les raisonner  », indique Patrice. À blanc, pour l’exercice, mais le bruit est tout de même assourdissant. Les ERIS foncent à l’intérieur de la pièce-cellule, et «  neutralisent  », c’est-à-dire tuent, le détenu, pour sauver le surveillant. On s’y croirait.

Comment devient-on ERIS ?

L’effectif théorique des ERIS de la direction interrégionale Nord (le territoire des Hauts-de-France) est de 42 hommes, dont «  quatre gradés et deux officiers  », précise David, l’adjoint de Patrice, le responsable. «  Pour l’instant, on n’est pas au complet  ». Il n’y a, par ailleurs, aucune femme. «  Ce n’est pas une règle. D’ailleurs, dans d’autres régions, il y a déjà eu des femmes ERIS, indique Patrice. Mais on a peu de candidates.  »

Pour être ERIS, il faut être surveillant pénitentiaire. Le ministère de la Justice en recrute 2500 en ce moment. Traditionnellement, notre région est un vivier de candidats. Pour s’inscrire, il faut avoir entre 19 et 42 ans et être titulaire du brevet des collèges*. Ensuite, après un passage par l’école nationale de l’administration pénitentiaire à Agen, le surveillant, comme tout fonctionnaire, effectue un an de stage avant d’être titularisé. C’est seulement là qu’il peut postuler pour devenir ERIS. Ensuite, rebelote pour dix semaines de formation : tir, techniques d’interventions, gestion du stress, maintien de l’ordre et escorte. La formation continue est également très importante, il faut aussi avoir une bonne condition physique.

*Jusqu’au 12 décembre, inscriptions surwww.devenirsurveillant.fr

Source : La voix du Nord

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