La prison de la Santé sera surpeuplée dès sa réouverture en juin

En chantier depuis 2014, la prison parisienne va rouvrir en juin 2018. L’objectif de 95 % de cellules individuelles que s’était fixé l’administration pénitentiaire ne sera pas respecté.

D’après nos informations, la prison de la santé, fermée pour rénovation depuis 2014 (à l’exception du centre de semi-liberté), va rouvrir ses portes en juin. Elle devrait accueillir des détenus progressivement pendant l’été.

Ce grand projet devait offrir une capacité de 708 places en maison d’arrêt, en plus du centre de semi-liberté de100 places. Avec une promesse ambitieuse, selon la plaquette de présentation de la rénovation éditée par l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) : offrir 95 % de cellules individuelles à la Santé. Face à la surpopulation carcérale, une petite révolution.

Plaquette de l’APIJ / Via apij.justice.fr

«Les cellules seront agrandies dans le respect du bâtiment d’origine et selon les principes d’encellulement individuel modernes, avec une douche et un sanitaire intégrés», précise fièrement cette plaquette. D’une capacité initiale de 1 000 places, cette prison ouverte en 1867 accueillait jusqu’à deux fois plus de détenus.

Criminocorpus / Via youtube.com

L’encellulement individuel ne sera pas respecté

Mais d’après nos informations, le principe d’encellulement individuel qui devait être majoritaire dans la prison parisienne ne sera pas respecté. «Dès son ouverture, les cellules de la maison d’arrêt vont déjà être doublées», nous affirme un cadre de l’administration pénitentiaire qui souhaite préserver son anonymat.

Contacté par BuzzFeed News, la direction de l’administration pénitentiaire a refusé de nous répondre. Manifestement agacé, le responsable du service de communication de cette direction a tenu à nous faire savoir qu’il trouverait la source de notre information. Il nous interroge même. «Qui vous a donné cette information ?» Avant de prévenir :

«Sachez que je vais contacter un à un le personnel pénitentiaire de la prison de la santé et que je trouverai qui vous a parlé !»

Après cette déclaration, le ministère de la Justice a tenu à nous rappeler pour préciser que ce sont les cellules en quartier de semi-liberté (QSL), c’est-à-dire pour les détenus qui sont dehors la journée et qui reviennent en prison pour y dormir, qui ont été doublées. Mais d’après notre source, la suroccupation sera aussi de mise dans un certain nombre de cellules en maison d’arrêt. Contacté à nouveau pour avoir davantage de détails, le ministère de la Justice n’a pas donné suite.

L’intérieur d’une cellule de la prison de la Santé, le 25 juillet 2014, avant les travaux de rénovation.

Martin Bureau / AFP / Getty Images

L’intérieur d’une cellule de la prison de la Santé, le 25 juillet 2014, avant les travaux de rénovation.

Dès l’ouverture des Baumettes-2, 140 % de taux d’occupation

Ce n’est pas la première fois que l’administration promet un encellulement individuel majoritaire post-rénovation sans s’y conformer. Dans un rapport de 2015, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) le relève :

«Dans plusieurs établissements récents, des lits supplémentaires ont été installés dès l’ouverture dans toutes les cellules individuelles, de sorte que l’on n’a jamais eu recours à des matelas posés à même le sol.»

À Marseille, c’est la prison des Baumettes-2, ouverte depuis mai 2017, qui devait garantir pour ses détenues une majorité de cellules individuelles. Mais là encore, les promesses n’ont pas été tenues et les cellules sont finalement occupées par deux personnes. Quelques jours seulement après son ouverture, la toute nouvelle prison était déjà suroccupée. «On aura un taux d’occupation de 140 % », a admis auprès de l’Agence France-presse Philippe Peyron, directeur interrégional de l’administration pénitentiaire. Il tient à relativiser :

«C’est un équilibre. Aujourd’hui, on a des établissements dans la région PACA qui présentent des taux d’occupation insoutenables, notamment à Nice et Toulon avec un taux de 180 %. Il faut les soulager.»

Chaque année, la CGLPL fait en tout cas le même constat :

«La question de la surpopulation carcérale, et de sa conséquence la plus visible, le non-respect de l’obligation d’encellulement individuel des personnes détenues, reste bien évidemment la première des difficultés de l’administration pénitentiaire.»

Dans son rapport de 2016, les chiffres relevés restent accablants. Selon le Gouvernement, au 1er août 2016, sur 68 819 personnes détenues, seules 26 829 bénéficiaient d’une cellule individuelle. À la même date, le taux de densité carcérale globale était de 118 % et celui des maisons d’arrêt de 140 %. Dans certains des établissements visités par le CGLPL au cours de l’année, notamment en région parisienne, ce taux montait à plus de 200 %.

De son côté, le ministère de la Justice a promis que 80 % des détenus auraient une cellule individuelle d’ici 2023.

Source : Buzzfeed

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