POINT DE VUE. Surpopulation carcérale : des solutions

Ce 20 décembre, l’administration pénitentiaire a publié ses dernières statistiques. Avec 69 714 personnes détenues, on frôle un nouveau record historique.

Le taux d’occupation moyen dans les maisons d’arrêt est de 142 %. Trois personnes, quatre parfois, partagent des cellules de moins de 9 m2. 1 547 dorment sur des matelas à même le sol. Dans le Grand Ouest, les prisons d’Angers, Caen, Évreux, La Roche-sur-Yon, Laval, Saint-Brieuc, Vannes… sont particulièrement touchées.

Derrière ces chiffres, il y a un quotidien. « Les lits sont superposés sur trois niveaux. Quand je suis dans mon lit, je ne peux même pas m’asseoir, explique à l’OIP (Observatoire international des prisons) une personne détenue à Saint-Brieuc et enfermée 22 heures sur 24 avec deux autres personnes dans une cellule sans eau chaude. Les cellules sont dans un tel état que je n’y ferai même pas dormir mon chien. »

Souvent, les toilettes ne sont séparées que par un simple rideau. Alors, « avant d’y aller, on met la radio, on allume de l’encens, on vide de l’eau de Javel », explique une autre personne incarcérée à Caen. Une promiscuité qui rime avec vétusté et insalubrité. « Depuis que je suis incarcéré, j’ai de gros problèmes de peau, des boutons, des plaques. Je fais de l’asthme alors que dehors, cela ne m’arrivait jamais », déplore un détenu de Brest.

Comme une rengaine, les chiffres s’égrènent, les témoignages s’accumulent. Sans que n’évoluent ces conditions de détention pourtant maintes fois dénoncées.

Peines alternatives

Alors que faire ? Ne rien changer, car après tout ce ne sont pas des enfants de choeur et la justice doit être expiatoire, entend-on parfois. Outre qu’une telle option est inacceptable au nom la dignité humaine et du respect des droits fondamentaux, ce traitement n’a jamais fait la preuve de son aspect dissuasif.

Construire des prisons qui offriraient des conditions d’enfermement dignes, voilà la solution, nous dit-on alors. C’est oublier que le système pénitentiaire est en faillite. 63 % des sortants sont réincarcérés dans les cinq ans. De nombreuses études montrent que l’enfermement accroît les facteurs de délinquance et que la récidive reste moindre après des sanctions non carcérales.

Plutôt que d’enfermer mieux et plus, interrogeons-nous sur qui on envoie en prison et pour quoi faire. 30 % des personnes détenues sont prévenues, c’est-à-dire présumées innocentes. 35 % sont atteintes de troubles graves relevant de services de psychiatrie. Deux tiers des personnes condamnées purgent des peines de moins de trois ans de prison. Et malgré l’effet désocialisant et criminogène des peines de moins de six mois, celles-ci augmentent : +22 % en deux ans.

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D’autres solutions existent. Outre qu’une plus grande justice sociale contribuerait à prévenir la délinquance, certains conflits pourraient être réglés par les voies de la médiation ou de la réparation ; certaines infractions dépénalisées ; le recours à la détention provisoire et à l’enfermement des malades mentaux limité ; la durée des peines – qui, au-delà d’un certain nombre d’années, n’ont plus de sens – réduite ; les courtes peines remplacées par des alternatives à la prison permettant un meilleur suivi.

La plupart de nos voisins européens se sont engagés dans des politiques visant à réduire leur population carcérale. Espérons que la France saura leur emboîter le pas. Pour une société plus sûre, mais aussi plus humaine.

Source : Ouest-France

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