Le détenu ingérable à nouveau condamné

Il a fini par se faire évacuer de la salle d’audience. La fin de son procès s’est donc déroulée sans lui. Le trentenaire était jugé pour violences et rébellion sur des surveillants du centre de détention de Montmédy.

Avant même que l’audience ait commencé, il commençait déjà : « Madame la proc’ ? Faut pas me parler comme à un chien madame, faut un peu d’humanité… » Aziz* fait partie de ces prévenus qu’on n’oublie pas. Il peut rendre fou quiconque assiste à un de ses procès. Non parce qu’il est méchant ou impoli mais parce qu’il parle énormément, en boucle…

L’homme de 31 ans, détenu au centre de détention de Montmédy, était jugé ce jeudi en comparution immédiate pour rebellion et violences sur des surveillants, le 20 janvier dernier. Miracle : tout le long de l’instruction du dossier par la présidente Catherine Bernoux, il est resté silencieux. Puis, quand il a eu la parole, il est parti dans un long monologue.

Le jour des faits, alors qu’il écoule sa peine en quartier fermé, après plusieurs incidents dans la prison, il ressent le besoin de voir un imam. « J’ai demandé pourquoi un autre détenu pouvait voir l’aumonier alors que moi je ne pouvais pas aller au culte musulman. » Un surveillant lui répond alors que c’est la procédure : l’imam peut venir à lui, mais pas l’inverse puisqu’il se trouve en quartier fermé. « Il avait une tête d’arabe alors je lui ai demandé s’il était catholique ! Ça ne lui a pas plu. » Selon le détenu, le gardien se serait alors permis de lui caresser le visage : « En réponse, j’ai fait la même chose ».

22 condamnations

Or, un détenu ne doit pas toucher le visage d’un surveillant surtout que celui-ci nie totalement avoir commencé le premier. Aziz est alors maîtrisé par trois autres gardiens et s’énerve. L’un d’eux se prend un coup de poing. « C’est faux. Jamais je ne l’ai frappé. Ils disent ça par solidarité. En plus, c’était le moment de la grève, il fallait qu’ils mettent en avant les agressions… »

« Pourquoi vous êtes vous excusé auprès des surveillants si vous n’avez pas été violent ? », demande Me Schindler, pour la partie civile. Dans sa plaidoirie, le conseil s’est bien sûr fait couper par le détenu. Il a été prévenu deux fois : « Si vous continuez, vous sortez », lui a asséné la présidente. Incapable de se maîtriser, il n’a donc pas pu assister à la fin de son procès.

La substitut Frédérique Chiron est « contente de pouvoir enfin requérir sans se faire interrompre dans un dossier le concernant. » Elle demande un an ferme avec mandat de dépôt : « avec incarcération à Metz, une prison plus adaptée. » Pour la défense, Me Creton plaide la relaxe : selon elle, les témoignages des surveillants « ne sont pas concordants. » Jugement : quatre mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Aziz a rejoint ce jeudi soir le centre de détention de Saint-Mihiel : « Mais madame ! Là bas y a plein de mecs que j’ai tapé… »

*Le prénom a été modifié

Emilie FIEROBE

Source : L’Est Républicain

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