La maison d’arrêt de Guéret entrouvre ses portes pour susciter des vocations de surveillants

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La maison d’arrêt de Guéret n’en est pas rendue au point d’organiser des « portes ouvertes » pour faire mieux connaître les métiers de l’administration pénitentiaire. Ce tout petit établissement n’en participe pas moins, en innovant, à l’effort national de recrutement.

Parmi les métiers relevant des forces de sécurité, celui de surveillant pénitentiaire n’est pas le plus en vue. Le fait qu’il s’exerce principalement derrière de hauts murs n’est pas la seule cause de ce déficit d’image.

Éric Manin, directeur du seul établissement creusois, a fait ce constat : « On a un lycée à Saint-Vaury qui propose un bac pro sécurité : les élèves effectuent des stages dans la gendarmerie, la police et chez les pompiers, jamais dans la pénitentiaire ».

Pour moi, c’est un peu un monde parallèle et mystérieux.

La maison d’arrêt de Guéret est à l’initiative d’une innovation nationale en proposant d’accueillir trois élèves en « immersion » durant trois jours. Lucas, 19 ans, est originaire de Chambon-sur-Voueize. Avec deux camarades, il a a passé pour la première fois le portique et le sas d’une « zone de détention » la semaine dernière : « Je suis curieux de découvrir l’univers carcéral. Pour moi, c’est un peu un monde parallèle et mystérieux », se lance prudemment Lucas.

Éric Manin sourit : « L’administration pénitentiaire pourrait aussi s’appeler la grande muette. Nous commençons juste à nous dévoiler ». La difficulté, en terme de promotion de la profession, c’est qu’une maison d’arrêt comme celle de Guéret n’est jamais une première affectation.

À l’instar de celle des policiers, la carrière pénitentiaire débute dans les centres de détention des principales zones urbaines. Ceux que les surveillants de Guéret, qui y sont tous passés, appellent des « usines », En comparaison, le travail très polyvalent dans une petite maison d’arrêt prend un caractère artisanal.

Pour les futurs bacheliers de Saint-Vaury, d’autres corps de sécurité peuvent toutefois présenter l’attrait de l’« action ». En leur faisant faire le tour de la maison, David, l’un des vingt-cinq surveillants guérétois, n’a pas manqué de décrire les armoires où sont entreposés les équipements d’intervention et les armes.

En cas de coup dur : « nous nous équipons comme des CRS ou des gendarmes mobiles ». Pour l’adrénaline, il existe les équipes régionales d’intervention et de sécurité (ÉRIC), qui sont assimilées au GIGN de la pénitentiaire.

Une expertise sur la « gestion du conflit »

Le point fort du métier de surveillant, pour Philippe Cléach, lieutenant pénitentiaire, reste « la gestion du conflit ». Le calme, la maîtrise de soi, voire l’autorité naturelle, font partie des qualités requises.

Un programme de partage d’expérience a d’ailleurs été mis en place avec les sapeurs pompiers de Guéret. L’époque veut que toutes les forces de sécurité soient désormais confrontées à l’agressivité en intervention. L’expertise des surveillants est reconnue. Leur métier est dur mais il n’est en somme pas réservé aux dur(e) s : plutôt aux personnalités bien équilibrées.

« Le secret, c’est le respect. On ne juge pas, on respecte les individus dont on a la charge et ils nous respectent en retour », définit un surveillant. Éric Manin ajoute, à l’adresse de ses lycéens stagiaires : « Se retrouver seul avec cent détenus dans une coursive, ça peut impressionner mais c’est là qu’on découvre la solidarité entre surveillants. Quand on fait équipe, jour et nuit, pendant des années, ça crée des liens pour la vie ».

En passant un peu de temps en zone de détention, on saisit quels sont les fondamentaux de ce métier d’« autorité ». Le mouvement de grogne qui a traversé tous les établissements de France au mois de janvier n’est pas passé au large de la Creuse. À Guéret, la tension est encore palpable, mais s’il y a quelque chose qui semble libre dans cet établissement, c’est la parole. Témoignages de surveillants…

Selon, Christophe, le « respect » n’est pas automatique, il se gagne : « Quand un détenu nous demande quelque chose, on dit oui ou non, jamais on verra. Et si on dit oui à quelque chose, on assume. Il ne faut jamais se défausser sur un collègue ».

La courtoisie reste en vigueur dans cet établissement… à taille humaine : « À Guéret, les détenus disent bonjour et merci ». Même au-dehors, il n’y a pas de problème de sécurité, comme l’observe Frédéric : « Il y en a certains que je vois à la maison d’arrêt et que je retrouve ensuite dans mon village. On peut se dire bonjour […] Même si parfois il y a eu des tensions et des coups de gueule en détention, tant que vous êtes correct, vous pouvez recroiser un détenu sans problème au supermarché ».

Le métier génère aussi des frustrations : « Sur cent détenus qui vont passer, si on arrive à en sortir vingt de la spirale de la délinquance, c’est déjà bien. On n’a pas assez de moyens pour la réinsertion ».

Les clés de la liberté

Patrice, qui a le grade de premier surveillant, assure le greffe pénitentiaire de la maison d’arrêt de Guéret. Il détient en quelque sorte le trousseau le plus convioité, celui où sont accrochées les clés de la liberté.

Si ses collègues surveillants ne sont pas censés connaître la situation pénale des détenus, lui connaît tous les dossiers dans le moindre détail.

Le greffier pénitentiaire fait le lien avec les parquets et les greffes judiciaires : « Je dois m’assurer de la légalité de l’écrou. Je suis administrativement responsable ».

Patrice a débuté comme surveillant de base, et a fait son « droit » sur le tas. Il doit connaître toutes les subtilités du code pénal : « Il y a cinquante mandats de dépôt différents ». C’est le greffier pénitentiaire qui tient l’exact compte des jours de détention dus et celui des crédits de réduction de peine. Sa responsabilité ultime : éviter qu’un détenu passe un jour de trop, ou de moins, en prison.

Recrutement

Appel d’air.  En 2018, comme les deux années précédentes, l’administration pénitentiaire va recruter 2.500 surveillants au niveau national. Contact : devenirsurveillant.fr

Conditions d’accès.  Les candidats au concours doivent être titulaires du brevet des collèges et avoir entre 19 et 42 ans. La formation se déroule sur huit mois à l’école nationale de l’administration pénitentiaire à Agen. À la sortie, les élèves sont nommés surveillants stagiaires durant un an, avant d’être titularisés.

Les différents établissements. Les maisons d’arrêts reçoivent les prévenus écroués en attente de leur procès, ainsi que des personnes condamnées à des peines de moins de deux ans. Pour les longues peines, l’administration distingue les centres de détention réservés aux détenus présentant le meilleur potentiel de réinsertion, des maisons centrales destinées aux détenus considérés comme les plus dangereux. Les centres pénitentiaires sont des établissements importants où sont juxtaposés plusieurs quartiers et régimes d’incarcération. Il existe aussi des centres dédiés aux régimes de semi-liberté et aux mineurs.

Évolution de carrière.  Les surveillants peuvent prendre des responsabilités et passer différents grades. Ils peuvent aussi se spécialiser : moniteur de sport, membre des équipes régionales d’intervention et de sécrité (qui interviennent en cas de mutinerie), chargé des détenus placés sous surveillance électronique…

Source : La Montagne

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