La « forteresse » de Condé-sur-Sarthe se prépare à l’arrivée de détenus terroristes

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Pour isoler les détenus condamnés pour des faits de terrorisme, deux « quartiers de prise en charge de la radicalisation » vont voir le jour d’ici l’automne. L’un d’eux sera installé à Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. RTL a pu le visiter en avant-première.

e Premier Ministre Édouard Philippe a promis 450 places d’ici la fin de l’année exclusivement réservées aux détenus incarcérés pour des faits de terrorisme. L’objectif: disséminer ces détenus dans toute la France et les isoler du reste de la détention, dans des quartiers totalement étanches.

Avec une mesure pensée spécifiquement pour accueillir les détenus terroristes les plus prosélytes, les plus dangereux : deux « quartiers de prise en charge de la radicalisation »(QPR) vont être créés d’ici l’automne. Des quartiers ultra sécurisés, une sorte « de prison dans la prison ». RTL a pu visiter l’un d’eux à la prison de Condé-sur-Sarthe, près d’Alençon dans l’Orne.

L’une des deux prisons les plus sécurisées du pays

Là-bas, les murs d’enceinte sont trois mètres plus haut qu’ailleurs. Quatre miradors, des SAS, des barbelés partout, un scanner corporel à l’entrée : la centrale de Condé sur Sarthe est la prison la plus sécurisée de France avec celle de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais. Son directeur Jean-Paul Chapu, parle lui même de « forteresse« .

Dans la coursive du quartier disciplinaire, on aperçoit certains surveillants qui servent les repas casqués et équipés de combinaison de la tête aux pieds comme des CRS. Il faut dire que les personnels sont déjà habitués aux très gros profils: des meurtriers ultra violents ou encore des rois de l’évasion. Et dans quelques mois donc, des détenus condamnés pour terrorisme, ceux jugés les plus redoutables dans leur prosélytisme.

Un bâtiment entièrement dédié et étanche

Un bâtiment entier va leur être dédié. Il est en train d’être vidé. Il faut encore réhausser la sécurité. 600.000 euros de travaux pour bétonner les cours de promenade, construire des passe-menottes pour que les détenus puissent être menottés à travers la porte de leur cellule, installer des caméras pour que les détenus puissent être surveillés en permanence, explique le directeur.

« Chaque fois que le détenu sort de cellule, il est évalué. Il est en mouvement, il est évalué. Il va au travail pénitentiaire, il y a des caméras, il est évalué. Dans la salle d’activités, il y a des caméras. Et à partir de là, on va pouvoir retravailler à partir d’images, au-delà des échanges que l’on peut avoir aussi. Un très gros travail pluridiscipliaire s’annonce entre les personnels de surveillance, le binôme de soutien, psychologue, officiers, les conseillers d’insertion et de probation et le renseignement pénitentiaire », détaille Jean-Paul Chapu.

Un anti-Guantanamo

Car l’idée ici, ce n’est pas de créer un mini Guantanamo. Certes, ces détenus seront complètement isolés du reste de la détention, mais l’objectif du programme est sans ambigüité : observer, échanger avec ces détenus seul à seul ou en groupe, travailler avec eux sur la violence et le passage à l’acte.

Les évaluer régulièrement, à l’image de ce qui existe déjà dans le Centre Nationaux d’Evaluation (CNE) ou au Quartier pour détenus violents de Lille-Annoeullin (QDV), dans le Nord. Car ces hommes sortiront un jour de prison, il faut donc tout faire pour qu’il ne commette pas d’attentat en sortant, et tenter de les réinserer dans la société.

« Il faut toujours avoir à l’esprit que ces détenus seront libres un jour »

Yaël Braun-Pivet, la présidente de la commission des Lois

« Il faut toujours avoir à l’esprit que ces détenus seront libres un jour » rappelle Yaël Braun-Pivet, la présidente de la commission des Lois, particulièrement engagée sur les problématiques pénitentiaires, après plus de 5 heures de visite dans les coursives de la centrale.

« Le jour où ces détenus sortiront, il est dans l’intérêt de l’ensemble de la société qu’ils ne soient pas exempts d’un travail autour de la réinsertion. Leur prise en charge doit évidemment être sécuritaire, mais il faut aussi engager un travail de réinsertion à travers des activités, de la formation, des groupes de parole, et ce type d’établissement me semble tout à fait adapté pour accueillir ce genre de profils, avec des personnels très mobilisés autour de ces questions ».

Un programme ambitieux sur lequel planche une équipe dédiée depuis plusieurs mois. Le directeur de prison et le chef-adjoint au chef de détention sont allés visiter le Quartier d’Evaluation de la Radicalisation d’Osny dans le Val-d’Oise, l’un des premiers quartiers dédiés aux détenus terroristes lancé en janvier 2016. Ils vont également s’appuyer sur les centaines d’entretiens réalisés avec ces détenus au sein de la maison d’arrêt dans le cadre d’une « recherche-action ».

L'une des coursives de la prison de Condé-sur-Sarthe
L’une des coursives de la prison de Condé-sur-SartheCrédit : Cindy Hubert

Labo-test

Mais tout cela concernait des détenus qui attendaient leur procès et sur un temps très court. Ici, les personnes vont passer des années à Condé sur Sarthe. Les enjeux sont donc tout à fait nouveaux, sans qu’aucune doctrine nationale n’est véritablement été façonnée sur ce « désengagement de la violence » ou sur ce que plus personne ne veut appeler la « déradicalisation ».

La psychologue en charge du « Parcours d’exécution de peine » (PEP) le reconnaît sans détour, ce quartier jouera sans doute un peu le rôle de labo-test : « On va avancer un peu à tâtons avec le peu de connaissances que l’on a déjà sur le sujet. Mais après, on nous met un peu pour moi devant le fait accompli. Il faut qu’on voit comment se débrouiller pour faire au mieux. Il faut qu’on ait des résultats, c’est ce qu’on attend de nous. Mais travailler avec de l’humain c’est toujours compliqué, on est jamais sûr à 100% d’atteindre nos objectifs. On va tout faire pour, en tous cas pour que cela fonctionne. On verra après sur le long terme si on a été dans la bonne direction, ou s’il faut se rediriger vers une autre direction ».

Le quartier doit ouvrir en septembre, une quarantaine de détenus devraient arriver d’ici la fin de l’année 2018. D’ici là, l’adjoint au chef de la détention travaille sans relâche à construire un programme: « Je pense qu’il faut imaginer le contenu de ce programme avec énormément d’humilité. Nous en tous cas, on a l’envie, et on va mettre en place tous les moyens qu’on a à disposition, mais dire, à l’heure d’aujourd’hui, qu’on sait exactement ce qu’on va faire et qu’on est certains du résultat, je m’interdis de le dire ».

Source : RTL

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