Evasion de Redoine Faïd: «Il n’y a pas eu de faute du personnel mais une série de dysfonctionnements»

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La ministre de la Justice a présenté ce jeudi les conclusions du rapport de l’Inspection générale de la Justice sur l’évasion du braqueur multi-récidiviste Redoine Faïd…

  • Le braqueur multirécidivste s’est évadé de la prison du Réau le dimanche 1er juillet avec l’aide de complices.
  • Il a été aperçu la semaine dernière à Sarcelles sans que les policiers n’aient le temps de l’appréhender.

Comment l’un des détenus les plus surveillés de France a-t-il pu s’évader d’une des prisons les mieux sécurisées du pays en mettant au point un scénario digne d’un film d’action américain ? Ce lundi, près d’un mois après qu’un commando ultra-organisé a exfiltré en hélicoptère Redoine Faïd du centre pénitentiaire du Réau, en Seine-et-Marne, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a présenté les conclusions du rapport de l’inspection générale de la Justice sur les failles ayant permis cette rocambolesque évasion. « Il n’y a pas eu de faute du personnel mais une série de dysfonctionnements », a insisté la ministre de la Justice.

Car si chaque année des détenus parviennent à se soustraire à la vigilance des surveillants – quinze évasions ont été recensées en 2017, dont six dans des centres de semi-liberté – cela concerne généralement des individus condamnés à de courtes peines et détenus dans des établissements vétustes. L’évasion de la prison de Colmar – qui s’apprête à fermer – ce dimanche en est l’illustration. Rédoine Faïd est l’exception qui confirme la règle : détenu particulièrement surveillé issu du grand banditisme, condamné à 25 ans de prison et connu pour s’être déjà évadé d’un établissement pénitentiaire à l’explosif.

Une « conjonction de failles de sécurité »

Nicole Belloubet a reconnu une « conjonction de failles de sécurité » dans l’établissement du Réau, exploitées par un « commando paramilitaire » visiblement très bien préparé : absence d’un filin de sécurité au-dessus de la cour d’honneur qui a permis à l’hélicoptère de se poser dans la prison « alors que même le Raid ne s’y pose pas », présence d’une porte d’intervention dans cette cour pour accéder à l’établissement et un dispositif d’urgence, pourtant testé le matin même, défaillant. L’enquête administrative n’a pas permis de mettre en lumière d’éventuelles complicités au sein de la prison – l’enquête judiciaire le confirmera – mais a révélé la « sidération » du personnel devant le scénario monté par Redoine Faïd et ses complices. « Ça a annihilé leur capacité de réaction », a reconnu la ministre, tout en ajoutant que cette quasi-absence de réaction avait probablement permis d’éviter un bain de sang.

Alors que la traque de l’ennemi public n°1 se poursuit – il a été aperçu la semaine dernière dans un centre commercial de Sarcelles, dans le Val-d’Oise – le ministère de la Justice a d’ores et déjà annoncé avoir tiré les leçons de cette évasion et mis à jour plusieurs axes de travail. Le pôle « grand banditisme » du service de renseignement pénitentiaire sera renforcé d’ici à 2020, même si l’essentiel du recrutement vise à renforcer les services luttant contre la radicalisation. Les prisons seront également classifiées en fonction du profil du détenu, que celui-ci soit prévenu (pas définitivement condamné) ou condamné.

Une direction « insuffisamment réactive »

Cette distinction, a indiqué la ministre, a joué en faveur de Redoine Faïd. Si le braqueur multi-récidiviste avait été condamné, il était dans l’attente de deux procès en appel, donc toujours considéré, aux yeux de la justice, comme prévenu. Il ne pouvait par conséquent n’être détenu que dans des maisons d’arrêt. Cette difficulté à trouver un établissement adapté explique en partie pourquoi, selon la ministre de la Justice, le transfert du braqueur qui avait été demandé quelques semaines avant son évasion n’était prévu que pour septembre. Pour éviter que de telles évasions se reproduisent, Nicole Belloubet a annoncé une réforme pour que les « détenus particulièrement surveillés », qu’ils soient prévenus ou condamnés, puissent être transférés en temps réel en cas de crainte d’évasion, y compris dans des maisons centrales.

La garde des Sceaux a également reconnu un décalage entre les remontées du terrain, parfois confrontées à l’urgence, et l’administration centrale « insuffisamment réactive trop centrée sur la règle brute ». « Il ne faut pas séparer le doctrinal de l’opérationnel », a insisté la garde des Sceaux. Enfin, la prison du Réau sera dotée d’un filin anti-hélicoptère et des réaménagements seront faits pour éviter qu’une telle évasion ne se reproduise. Redoine Faïd est prévenu : son comité d’accueil se tient prêt.

Source : 20 minutes

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