Evasion de Redoine Faïd : Belloubet présente des conclusions sans surprise

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Un mois après l’évasion de Redoine Faïd du centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne), la ministre de la Justice Nicole Belloubet a enfin présenté lundi les conclusions du rapport d’inspection générale sur les « dysfonctionnements » et « défaillances » internes.

« Nous n’avons pas attendu Réau pour réagir », insiste Nicole Belloubet. On l’aura compris, les changements mis en œuvre à la suite de la mission d’inspection générale de la Justice consécutive à l’évasion de Redoine Faïd s’inscrivent dans la continuité de la politique menée depuis un an et demi. Pas de grosse remise en question, donc, ni de « fusibles ». Certaines mesures existantes seront néanmoins renforcées, comme le classement des établissements selon le profil des détenus. Aujourd’hui, rappelle la ministre, un détenu en attente de jugement (un prévenu) est placé en maison d’arrêt quand un condamné est en établissement pour peines. Redoine Faïd, qui avait fait appel de ses trois condamnations, avait le statut de prévenu. Il était ainsi placé à l’isolement au centre pénitentiaire de Réau, dans l’une des quatre places « maison d’arrêt ».

« Il avait été envisagé de l’incarcérer en maison centrale [plus sécurisée, NDLR], précise Nicole Belloubet, mais c’était impossible. » C’est pourquoi la Garde des Sceaux va proposer une modification du code de procédure pénale lors des débat sur la réforme de la Justice prévus devant le Parlement en octobre, « pour permettre l’affectation des détenus particulièrement signalés (DPS) prévenus en établissements pour peines ». Une trentaine de prisons en France seraient assez sécurisées pour accueillir ces DPS.

L’architecture sécuritaire de la prison de Réau corrigée

D’ailleurs, Nicole Belloubet le concède, sur le transfert de Redoine Faïd, « la réponse a tardé ». Le braqueur devait quitter Réau au 1er septembre, soit plusieurs mois après l’alerte donnée par la direction de l’établissement et la direction interrégionale, auprès du directeur de l’administration pénitentiaire. La ministre veut « une politique plus dynamique », sans plus de détails.

Comme annoncé dans le JDD dimanche, des ajustements ont été décidés sur l’architecture sécuritaire de Réau. La cour d’honneur, où même le Raid pensait ne pas pouvoir atterrir en hélico, sera surplombée de filins. Comme les autres cours d’honneur qui n’en seraient pas dotées ailleurs en France. « C’était prévu par le contrat de partenariat public-privé, indique Nicole Belloubet, mais cela n’avait pas été exécuté lors de la livraison de l’établissement en 2011. » Le positionnement de la porte, dont la serrure avait été découpée à la meuleuse thermique, située entre la cour d’honneur et les parloirs, sera également « revu ». Un plan anti-drones sera mis en œuvre, ainsi que des brouilleurs opérants, à partir de septembre. Pour le moment, aucun lien n’est établi entre les survols de drones et l’évasion du 1er juillet.

Autre ajustement local, une équipe « dédiée » et « professionnalisée » sera mise en place aux parloirs à Réau. Dimanche 1er juillet, jour de l’évasion, il n’y avait aucun surveillant gradé à cet endroit. Ce qui pose, plus largement, le problème du recrutement pénitentiaire, notamment en Ile-de-France. Solution de la ministre pour pousser les personnels à rester : des indemnités pour ceux qui seraient franciliens plus de six ans.

La ministre renouvelle sa confiance au directeur de l’administration pénitentiaire

Pour mieux prévenir de telles évasions, Nicole Belloubet veut « renforcer » le renseignement pénitentiaire. Depuis juin 2017, une attention plus particulière était déjà portée à cette branche, mais cela concernait surtout le terrorisme. « La prévention des évasions et le suivi des profils issus de la grande criminalité doit aussi être une priorité », martèle la Garde des Sceaux. Aujourd’hui, 307 agents sont affectés au renseignement dans les prisons, « il y en aura cent de plus d’ici 2020, dont une quinzaine seront affectés, en plus, au suivi des DPS ». Le but est « d’aligner les moyens de la lutte contre les évasions sur la lutte contre le terrorisme », par exemple en rendant possible l’enregistrement de son ou de vidéo à l’intérieur des parloirs.

Enfin, en pleine affaire Benalla, pas question pour Nicole Belloubet de faire sauter des « fusibles ». Elle renouvelle sa confiance au directeur de l’administration pénitentiaire (le « DAP »), en l’invitant à s’exprimer, auprès d’elle, devant les journalistes réunis en conférence de presse lundi. Néanmoins, le rapport fustige un fonctionnement « insuffisamment réactif », avec une trop grande déconnexion entre les bureaux de l’administration centrale et la réalité du terrain, en détention. Nicole Belloubet a « demandé au DAP de proposer une réorganisation des services centraux ». Par exemple, elle appelle de ses vœux la création d’un « pôle d’état-major de la sécurité » au sein de la DAP, d’ici fin 2018. Et de rappeler que dix millions d’euros supplémentaires ont déjà été affectés au budget sécurité des prisons cette année. Les surveillants qui assurent les transferts des détenus, à l’hôpital par exemple, pourront désormais être armés.

A la question qui brûle toutes les lèvres, celle des complicités internes, le rapport, sans surprises, ne répond pas. L’enquête judiciaire lèvera peut être le voile sur ce point sensible.

Source : Europe 1 JDD

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