Faire travailler les détenus pour payer leur incarcération ? Pourquoi c’est irréalisable

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Nicolas Dupont-Aignan veut que les détenus participent aux frais de d’incarcération, notamment en travaillant. Outre le fait que les détenus contribuent déjà à ces frais, le travail en prison est trop peu rémunérateur et bien trop précaire…

  • Nicolas Dupont-Aignan veut que les détenus participent aux frais de d’incarcération, notamment en travaillant.
  • Les prisonniers contribuent déjà à certains frais.
  • Actuellement, le travail en prison est difficile d’accès et peu rémunérateur.

Faire travailler les détenus ? L’idée est presque aussi ancienne que l’idée de détention. Elle a été remise sur le tapis par Nicolas Dupont-Aignan. Le 3 octobre, le député et président de Debout la France a déposé une proposition de loi « visant à instaurer une contribution obligatoire aux frais d’incarcération des détenus. » En 2015, Elie Aboud, un député UMP, avait déjà déposé une proposition similaire.

Dans ce texte, l’élu propose que les détenus participent à hauteur de 20 % aux frais de détention, qu’il donne à 100 euros par jour. Pour avancer ces 20 euros, « il faudra à terme rétablir l’obligation de travailler en prison qui a été supprimée par la loi relative au service public pénitentiaire du 22 juin 1987 », estime Nicolas Dupont-Aignan.

« Dans l’attente de ce rétablissement », le député fournit trois pistes pour financer ce montant : « le prélèvement sur les biens propres du détenu, le recours à sa famille ou enfin, la possibilité de travailler en prison ».

En 2016, près de 30 % des détenus travaillaient, selon un rapport de l’institut Montaigne. Les 70.000 détenus écroués (chiffres de septembre 2018) ont la possibilité de travailler pour le service général de la prison, ou bien dans des ateliers pour le compte d’une entreprise privée, ou enfin pour le compte de la régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP).

Au service général, les prisonniers effectuent des « travaux de nettoyage des coursives ou des locaux d’activités, de travaux d’entretien du linge ou de gestion de la buanderie, ou encore de travaux de distribution des repas ou des produits cantinés », détaille l’Observatoire international des prisons (OIP). Quant aux tâches proposées par les entreprises privées, elles sont « simples, répétitives, sans grande valeur ajoutée. » Les travaux proposés par la RIEP sont « les plus qualifiants, mais les moins nombreux », souligne l’OIP.

Des activités peu rémunératrices

Ces activités restent peu rémunératrices, explique à 20 Minutes Philippe Auvergnon, directeur de recherche au CNRS et à l’université de Bordeaux, qui a publié plusieurs travaux sur l’activité professionnelle en prison : « La rémunération au service général représente 20 à 30 % du SMIC horaire, soit entre 1,97 et 2,96 euros brut. Dans les ateliers, c’est 45 % du SMIC horaire (soit 4,45 euros), un montant qui est respecté ou pas. » L’Institut Montaigne estime qu’un détenu travaillant pour le service général gagne en moyenne 254 euros par mois, celui travaillant en ateliers 408 euros et celui qui travaille pour la RIEP 532 euros.

Ces emplois sont de plus caractérisés par un turnover important et sans aucune garantie de revenus, précise Philippe Auvergnon. « Il n’y a pas un nombre d’heures garanties et vous n’avez aucun des droits classiques du travail. » Les détenus ne signent pas de contrat de travail. La possibilité d’expression sur les activités prévues en prison est bien prévue par la loi, mais « pour l’instant on attend de voir ce que ça donne ».

Un détenu sur six sans ressources

Ces montants avancés par l’Institut Montaigne sont encore loin des 600 ou 620 euros que voudrait faire payer Nicolas Dupont-Aignan à chaque détenu par mois. Quant à puiser dans les ressources ou les biens des détenus, la tâche se révèle là également difficile, puisque plus d’une personne détenue sur six est sans ressources, souligne Philippe Auvergnon.

Les détenus doivent déjà mettre la main à la poche lorsqu’ils sont incarcérés. « Le rapport sénatorial Loridant, en 2002, avait estimé que pour vivre en prison il fallait à peu près 200 euros par mois, rappelle l’universitaire. Il faut payer la location de la télévision, du frigo. Le téléphone utilisé depuis une cabine est aussi payant. Il y a aussi la buanderie dans certaines prisons. » Le travail pour le service général peut également être considéré comme une « contribution des détenus. Sans ce travail, la prison ne pourrait pas fonctionner budgétairement. »

Quant à la réinsertion par le travail mise en avant par Nicolas Dupont-Aignan, la situation actuelle la rend difficile, estime l’Institut Montaigne. « Dans sa réalité actuelle, le travail en prison n’est ainsi que peu générateur d’insertion effective pour les détenus, se résumant le plus souvent à un outil de régulation de la détention, qui permet d’occuper une population pénale désœuvrée. » Seule une transformation complète du travail en prison pourra favoriser cet objectif, conclut l’Institut.

Source : 20 minutes

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