Attentat de Condé-sur-Sarthe: autopsie d’un drame

Selon des éléments du rapport d’inspection, encore confidentiel, diligenté après l’attaque terroriste du 6 mars dernier, bien des insuffisances sont dues à la difficulté de gestion de cette maison centrale haute sécurité.

La peur d’affronter une population pénale d’une incroyable dangerosité et la difficile communication entre services de l’administration pénitentiaire. C’est ce qui filtre, goutte à goutte, du rapport confidentiel réalisé par l’inspection de la justice après l’attentat du 6 mars dernier à la maison centrale de Condé-sur-Sarthe. Le détenu radicalisé Michaël Chiollo avait violemment agressé et blessé deux gardiens avec la complicité de sa compagne qui bénéficiait d’un droit de visite en unité de vie familiale (UVF).

La Chancellerie évoque «une crainte diffuse et partagée des recours qui amène parfois à avoir une gestion ‘‘normative’’ des situations plutôt qu’opérationnelle. La question des palpations, que chacun s’interdit par peur de n’y être pas autorisé ou par peur des invectives de la population pénale et des visiteurs, est à cet égard typique». Autrement dit, les surveillants n’ont pas osé fouiller – même légèrement – la compagne du terroriste de peur des représailles des détenus. De quoi en dire long sur le difficile équilibre existant dans ces établissements particuliers.

Manque d’échange avec le renseignement pénitentiaire

Par ailleurs, alors que le renseignement pénitentiaire finit de se structurer en tant que service autonome, le rapport note en substance «une utilisation insuffisamment organisée des informations entre le renseignement pénitentiaire et la gestion de la détention».

Plus précisément, le rapport «décrit un phénomène d’attente réciproque entre responsables du renseignement et de la détention conduisant à l’absence de décision opérationnelle dans la gestion du détenu et donc d’exploitation incomplète d’informations à disposition des uns et des autres». Une phrase un peu compliquée qui, concrètement, renvoie à l’exploitation tardive d’écoutes réalisées bien avant l’attentat auprès de codétenus qui auraient encouragé le passage à l’acte de Michaël Chiollo. Beaucoup de responsables pénitentiaires alertent depuis longtemps sur le manque de moyens de cette administration pour exploiter notamment les téléphones portables saisis, bien que des matériels aient été livrés à certains établissements.

«Affirmer le primat de la sécurité des établissements sur toute autre finalité»

À cela s’ajoutent des problématiques plus structurelles: le rapport insiste sur le rehaussement nécessaire d’un certain nombre de mesures de sécurité à Condé-sur Sarthe. À commencer par «l’amélioration de la vidéosurveillance dans certaines zones», mais aussi l’installation «d’un tunnel à rayon X pour le SAS marchandise, d’un portail à onde millimétrique ou d’un outil technologique facilitant le contrôle des visiteurs». Enfin, il est préconisé de revoir la gestion des permis de visite et des unités de vie familiale, de faire évoluer «la configuration des lieux pour éviter des contacts entre familles de détenus par exemple» mais aussi de clarifier les règles de palpation aléatoire.

Si le calme est revenu à Condé-sur-Sarthe, les organisations syndicales, à commencer par l’UFAP-Unsa, font remarquer que la présence des ERIS – les forces spéciales de sécurité pénitentiaire – y sont sans doute pour beaucoup. «Que se passera-t-il quand elles auront quitté l’établissement?», s’inquiète ce syndicaliste qui fait remarquer que bien des mesures préconisées par la garde des Sceaux figuraient déjà dans le protocole d’accord signé en février 2018. Nicole Belloubet a ainsi demandé au directeur de l’administration pénitentiaire de «procéduraliser l’échange d‘information entre le renseignement et la détention», de «favoriser la bonne appréciation et la juste utilisation de l’information», de «permettre de gérer une masse désormais importante de personnes suivies à divers titres, en restant attentifs aux signaux et sans jamais banaliser les remontées» et d’«affirmer le primat de la sécurité des établissements sur toute autre finalité».

Source : Le Figaro

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