Vote en prison : une première au centre pénitentiaire Poitiers Vivonne

le

Trente-quatre détenus ont pu physiquement voter dans un “ vrai ” bureau de vote, hier, au centre pénitentiaire Poitiers-Vivonne. Une première.

Au fond du long couloir du secteur socio-éducatif du centre pénitentiaire Poitiers-Vivonne, la salle des cultes était un bureau de vote, ce lundi 20 mai 2019. Permettre un vote physique par correspondance est une grande première dans l’histoire de la pénitentiaire. L’aboutissement d’un combat pour le plus fervent défenseur du vote en prison (lire à chaud).
“ Je suis fier d’avoir voté librement ! ”Sous un magnifique poster d’une plage caribéenne, les bulletins de 26 des 34 listes présentes aux élections européennes. Hommes du centre de détention, femmes de la maison d’arrêt et des autres quartiers ont défilé un par un. Comme dans n’importe quelle mairie, les adjoints en moins. Pièce d’identité, isoloirs en carton, liste d’émargement et une urne, celle utilisée pour les élections professionnelles en interne. Sur les 88 détenus (sur 703 actuellement présents à Vivonne pour une capacité de 630 places, NDLR) ayant montré leur volonté de voter par correspondance, 34 ont été retenus par une commission indépendante. Et même un détenu retenu à l’isolement a pu exercer son droit de vote. « La majorité des rejets s’explique par une non-inscription sur les listes électorales », a expliqué Pauline Lamy, directrice adjointe de l’établissement, qui faisait office de conseiller municipal face à l’urne. Le « a voté » en moins. Les votes de la prison de Poitiers, comme ceux de l’ensemble des établissements pénitentiaires de France qui organisent l’élection cette semaine, seront acheminés par courrier sécurisé jusqu’à Paris. Le dépouillement aura lieu dimanche 26 mai à la Chancellerie.
« Je suis fier d’avoir voté librement ! a confié Cédric, 35 ans. J’ai toujours suivi la politique même si c’est vrai qu’on n’en discute pas beaucoup en prison. »
« C’est bien de pouvoir faire soi-même, sans compter sur les autres, comme avec la procuration. C’est mon geste, s’est exclamé Jonathan, 37 ans. Jusqu’à présent, le vote par correspondance était un parcours du combattant. Il faut que ça avance, que ça bouge. Il faut voter, exercer son droit. Même quand vous avez fauté, vous pouvez voter ! »
Karine Lagier, directrice de la prison poitevine, s’est réjouie, elle aussi, de cette avancée sociale derrière les barreaux : « C’est un grand moment pour l’accès aux droits des personnes détenues. Il y a une vraie conscience politique chez les personnes détenues. Ce vote est un tournant historique. C’est une logique et un aboutissement dans un lien entre le dedans et le dehors. »
Selon les chiffres fournis par le ministère de la Justice, un peu plus d’un millier de détenus ont pu voter à l’élection présidentielle en 2017, en France. Ils pourraient être dix fois plus grâce au vote par correspondance.

 

“ Je suis très ému, très heureux ”

Le droit de vote en prison, c’est un combat que l’ancien détenu et actuel délégué général de l’association Robin des lois a entamé en 2013 avec un article publié dans “ Le Canard enchaîné ”. Joint hier par téléphone, il n’a pas caché sa satisfaction : « Je suis très ému, très heureux ! Il fallait rendre effectif ce droit, sachant que la permission ne fonctionne pas et que la procuration est très compliquée. » Entouré de l’avocat d’origine charentaise, Jean-Christophe Ménard, du politique Sergio Coronado et du boxeur poitevin, Mahyar Monshipour (président de l’association Robin des lois), François Korber a mené une vaste offensive médiatico-judiciaire (toujours en cours devant la Cour d’appel administrative de Bordeaux) en s’appuyant sur l’article R-40 du code électoral qui autorise le préfet à créer un bureau de vote en prison. En attaquant systématiquement les refus préfectoraux devant les juridictions administratives, il n’avait pas vu venir la loi justice qui a finalement accéléré les choses. « L’idée de la prison est de refaire de bons citoyens, le vote en fait partie. Ça va changer le regard des Français sur la prison et les élus vont s’y intéresser davantage. C’est une première expérience qui a le mérite d’exister. »

Source : La Nouvelle République

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s