Canicule à la prison de Vivonne : un four entre quatre murs

Au centre pénitentiaire de Vivonne, détenus et surveillants tentent de faire face à la chaleur, décuplée par la surpopulation, entre débrouille et entraide.

C’est un long corridor où l’air ne circule pas. Les pas se traînent, les gestes sont lents. L’atmosphère épaisse de ce mois de juillet a diffusé ses 40 degrés dans tous les recoins de la prison de Vivonne. Sept cents écroués et 247 surveillants y vivent quotidiennement dans un lieu où les cellules sont devenues des étuves entre surpopulation et promiscuité. Si la claustration protège des regards, elle n’empêche pas la canicule insoutenable.

“ A la même enseigne, dans la même galère ”

Un cliquetis des clefs, et la porte cadenassée s’ouvre sur 9 m2. Paul M. (*), sexagénaire, est assis sur son tabouret. Son codétenu, allongé, torse nu, des dizaines de bouteilles d’eau à ses pieds. « Tous à la même enseigne, tous dans la même galère, décrit-il. Dans la chaleur, c’est système D et solidarité. » Une serviette trempée pend aux barreaux : « Car le soleil cogne dur mais je ne vais pas me plaindre. » L’ancien occupant des lieux leur a laissé un ventilateur qui tourne en continu et « brasse de l’air ».

« En règle générale, les détenus achètent des objets pour améliorer leur quotidien », confie Dimitri Besnard, adjoint chef des lieux. Les « indigents », les détenus qui n’ont rien à verser sur leur « pécule », peuvent se voir octroyer une aide de 20 euros par mois pour « cantiner » les fournitures du « plan canicule » mis en place par la direction nationale, du ventilo à la crème solaire en passant par les bobs ou les casquettes.

Les conditions de la maison d’arrêt et du centre pénitentiaire de Vivonne ont le mérite d’offrir dans chaque cellule un coin d’eau.

Geôle à trois« L’arrivée de la douche, c’est le jour et la nuit, estime la Première surveillante R. qui tire de son expérience, un passage à la prison de Fresnes. Tout ce qui améliore la vie d’un détenu améliore celle des surveillants. » Un accès quotidien est illimité pour se rafraîchir « qui apaise la population carcérale et libère du temps » : dans les autres établissements, les douches communes, sous surveillance permanente, nécessitent des tours de garde chronophages et difficiles à mettre en place. « Et puis, il en va de la dignité de la personne », ajoute-t-elle.

Plus loin, une autre geôle, étouffante, accorde ses odeurs de proximité corporelle à celles des latrines. Ils sont trois avec un matelas au sol. Le mot « dignité » a un autre poids, un autre sens : « L’univers carcéral est difficile mais il évolue », poursuit R. qui œuvre chaque jour à améliorer ces conditions, avec l’écoute pour politique. Dans un univers professionnel en sous-effectif et soumis aux tensions permanentes, surtout en période caniculaire, les sanitaires sont loin d’être un détail.

Fin de matinée. L’asphalte en surchauffe remplit la cour d’un silence étrange où quelques râles et cris plaintifs laissent deviner le ras-le-bol du four à ciel ouvert. L’accès à l’eau y est aussi illimité. La direction s’octroie le droit d’annuler les activités sportives de l’après-midi, reportées dans le gymnase. « La chaleur les rend amorphes, observe-t-on au guet. On est tranquille pour quelques jours. »
(*) Surveillants et détenus portent des noms d’emprunt.

Source : La Nouvelle République

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s