Administration pénitentiaire : « Le modèle carcéral de l’île est obsolète »

Si la situation n’apparaît pas alarmante dans les prisons réunionnaises, les organisations syndicales mettent en garde de concert sur l’avenir de la détention. Les problèmes qui se dessinent aujourd’hui, pourraient être les catastrophes de demain.

« Qu’on nous donne les mêmes moyens qu’en métropole, tout simplement! ». Ce message limpide, a également le mérite d’être unanime de la part des représentants syndicaux de FO et de l’UFAP pénitentiaire. « On entend par là pourvoir exercer notre travail dans les mêmes conditions de sécurité qu’en métropole », précise Vincent Pardoux, responsable FO pénitentiaire. Un constat tout simple au regard de l’évolution de la population carcérale de l’île. « Nous avons des détenus ultra-violents, des détenus qui présentent des difficultés psychiatriques ou encore des détenus radicalisés ». En métropole, il existe un service spécialisé pour chaque profil. « Ici, c’est le quartier d’isolement qui absorbe toutes les problématiques de ce type, alors que ce n’est pas sa vocation ». D’autant que le procédé a également montré ses limites avec le cas de Riad Ben-Cheik, qui avait obtenu gain de cause devant la juridiction administrative pour placement à l’isolement injustifié. De retour en détention classique, il avait à nouveau était soupçonné de prosélytisme avant d’être finalement orienté vers un centre de détention adapté en métropole. Le tout quelques semaines avant que ne soit accueilli le prédicateur salafiste Nail Varatchia, dit l’Egyptien, qui côtoie aujourd’hui le djihadiste bénédictinJérôme Lebeau à Domenjod. « Nous avons des problématiques comparables, sans les moyens pour y faire face ».

40 ans de retard

« Notre modèle carcéral a 40 ans de retard désormais », ajoute Alexandre Vissouvanadin, responsable UFAP pénitentiaire. À l’instar de ses collègues, le surveillant s’inquiète de l’apparition de nouveaux phénomènes au sein des prisons. Incivilités croissantes à l’encontre des agents, détenus plus sensibles aux événements médiatiques liés aux attentats, circulation accrue des drogues de synthèse… « Depuis quatre ans, on voit le chamane qui bousille les chances de réinsertion de certains jeunes. Ça fait de la peine pour eux, et là-encore on a pas les moyens de lutter contre le passage de ces produits ». Dans les cellules, les prisonniers apparaissent comme de plus en plus jeunes et de plus en plus vindicatifs. « On sait bien qu’on n’est pas face au phénomène des gangs, comme en Guadeloupe. Mais il est urgent de faire de la prévention aujourd’hui, plutôt que de réparer les catastrophes demain ».

Avec la montée de la violence, se pose également le problème du manque de quartiers permettant les transferts de détenus problématiques. « Après une agression, nos collègues retournent travailler et côtoient les mêmes détenus. Il serait intéressant de penser à la création d’un établissement pour le sud, avec un quartier femme et un quartier mineur. Ne serait-ce que pour le rapprochement familial notamment ».

Sur ce point, l’inquiétude est déjà très présente sur Mayotte, où le centre de détention de Majicavo serait sur le point d’exploser avec un taux de surpopulation carcérale qui dépasserait désormais les 140%. La question de transfert de détenus sur La Réunion depuis l’île aux parfums, pourrait bien devenir une réalité à marche forcée d’ici peu. Là-encore, la question du maintien des liens familiaux deviendrait évidement une problématique de premier plan en l’absence de détenus volontaires pour le voyage.

J.G.

Source : Clicanoo.re

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