Attentat d’Osny : le détenu djihadiste Bilal Taghi condamné à 28 ans de prison

Bilal Taghi a été condamné pour la double tentative d’assassinat sur des gardiens de la prison d’Osny en 2016. La perpétuité avait été requise.

« Ce qui est terrible pour le ministère public, c’est d’avoir à vous demander la peine maximale. C’est la manifestation de l’inespoir, cela veut dire qu’on est convaincu que Monsieur Taghi ne changera pas et qu’il est absolument impératif de protéger la société. »

Voilà une heure ce vendredi que l’avocat général, Guillaume Michelin, s’est levé pour dérouler ses réquisitions qu’il s’apprête à conclure. Face à lui, dans le box des accusés vitré, Bilal Taghi lève la tête. Le détenu djihadiste de 27 ans a violemment agressé deux surveillants pénitentiaires de la prison d’Osny (Val-d’Oise) le 4 septembre 2016. Un acte prémédité puis revendiqué au nom de l’organisation Etat islamique pour lequel il vient d’être condamné à 28 ans de prison et une peine de sûreté des deux tiers. Il encourrait la réclusion criminelle à perpétuité.

« Ce qui est d’une tristesse infinie pour moi c’est que Bilal Taghi est enfermé dans ses mensonges, ses postures, a déclaré le magistrat. (…) Si vous le condamnez insuffisamment, ce sera tenir pour vrais ses mensonges incessants, ses mises en scène, ses pleurnicheries. Bilal Taghi va pouvoir se payer la société encore une fois », avait déclaré quelques heures avant le magistrat.

Guillaume Michelin sait de quoi il parle. Il y a trois ans déjà, il était le procureur qui faisait face au tribunal correctionnel au même Bilal Taghi, poursuivi à l’époque pour un projet de départ avorté en Syrie avec femme, enfant de deux mois et deux autres comparses. Un périple en Renault Scenic qui s’est conclu par un accident de la route et cinq ans de prison. Cet homme comparaît donc cette semaine pour la troisième fois en trois ans devant une juridiction spécialisée en matière de terrorisme.

Frères « stars du djihad », lui a « tout raté »

Dans cette première affaire, le magistrat retrouve déjà « tous les ingrédients » de la présente affaire: sa « capacité extraordinaire à se dissimuler », comme « la fécondité de ses talents de metteur en scène », lui qui invente un mariage imaginaire comme prétexte à son périple à travers l’Europe. « Pendant la première procédure, il dispense une énergie folle à tricher, convaincre, duper, mentir. Il y est presque arrivé. » A l’époque, déjà, il avait plusieurs fois pleuré à l’évocation de ses frères décédés en Syrie car eux étaient devenus des « stars du djihad » quand lui avait « tout raté ».

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Comment croire cet homme qui a lui-même avoué que 99% de ce qu’il avait dit à l’époque de son premier procès était faux? « Il a toujours offert des postures. Il est capable d’aveux tonitruants puis de rétractations; de dire que tout est fini et de récidiver; il montre ses pleurs puis ses sourires dès qu’on a le dos tourné », résume le magistrat. Taghi a reconnu tout de suite pendant l’instruction qu’il avait en tête, dès son incarcération, son désir d’attaquer un représentant de l’Etat français entre les murs de la prison.

Ce « lion du califat » a alors « chassé dans les couloirs de la maison d’arrêt d’Osny pendant 14 mois et mûri son projet mortifère, véritable réponse à la propagande de l’EI de « tuer le mécréant peu importe la manière ». Au lendemain de l’annonce de la mort d’Al-Adnani, le porte-parole de l’EI, Taghi commence la fabrication de son arme artisanale. Dix jours après, il passe à l’acte, s’acharne sur deux gardiens, multiplie les coups.

La prison comme cadre

« Bilal Taghi a voulu tuer à coup sûr. Il a organisé avec méticulosité extraordinaire cet assassinat. Les deux victimes ont réussi à survivre de manière miraculeuse. » C’est sa « consécration », « son couronnement ». Enfin il est « une star ». « Il se sent extrêmement valorisé par cette attaque commise au sein même d’une institution de mécréants qui l’avait empêché de se rendre en Syrie. Pour une fois, il a réussi quelque chose et il en éprouve une immense fierté », pointe l’avocat général. Lui qui a eu jusqu’alors une vie d’errements successifs ponctuée de violence et de provocation dès l’école. Père violent et absent, mère dépassée voire démissionnaire et une fratrie éclatée de 11 enfants issus de trois unions parmi lesquels trois garçons au total vont embrasser l’islam radical et les thèses de Daech. « Il a choisi une idéologie plutôt qu’une religion pour sauver sa vie: l’islamisme radical lui permet de légitimer sa violence incessante sans se faire rejeter. » Comme d’être enfin quelqu’un, d’être reconnu.

Le condamner à la peine maximale, « c’est lui donner ce cadre contenant ce qu’il recherche depuis toujours ». Et de conclure: « Sa vocation c’est le djihad. L’aboutissement du djihad, c’est la prison ou la mort. Je vous demande de lui donner la prison ».

Source : L’express

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